Exposition individuelle, jusqu’au 27 avril 2013

Le Centre PHI a le plaisir de présenter KANAVAL, une exposition de photographies réalisées par Leah Gordon et qui portent sur les festivités pré-carême du Mardi gras à Jacmel, une ville dans le sud d’Haïti. On peut y voir des groupes d’interprètes incarner des légendes mythologiques et politiques, alors qu’un vibrant théâtre de l’absurde, qui n’a rien du défilé traditionnel, se déverse dans les rues. En effet, le faste et le spectacle du carnaval sont remplacés ici par un surréalisme et une poésie métaphorique propres au pays. Les personnages et les costumes trahissent des origines provenant en partie du carnaval médiéval européen, mais les mascarades jacméliennes sont également une fusion de vaudou clandestin, de mémoire ancestrale, de satire politique et de révélation personnelle. La vie des amérindiens Taïnos, la révolte des esclaves et, plus récemment, la corruption de l’État sont des thèmes représentés en théâtre et en déguisement dans les rues de Jacmel.

Leah Gordon, Neg Ak Lambi Haiti, 2010 © Armory Show

Leah Gordon, Neg Ak Lambi Haiti, 2010 © Leah Gordon

Gordon a vu et documenté pour la première fois le carnaval de Jacmel en 1995 et elle a élaboré cette série sur une période de quinze ans.  Munie d’un appareil photo entièrement manuel de format moyen, vieux d’une cinquantaine d’années, elle s’est promenée dans les rues à la recherche de gens qui accepteraient d’être photographiés. Long et relativement laborieux, le processus de prise de photo a semblé ouvrir un espace où elle et le modèle quittaient la rue pour rejoindre le territoire du studio de portraits photographiques d’autrefois. Cette méthode, qui favorise la collaboration entre photographe et modèle, a été qualifiée d’« ethnographie en représentation1 ». La sélection de photographies de Gordon est accompagnée d’une série de récits, livrés oralement par les gens qui ont confectionné et portent les costumes, qui, en plus de leur donner une voix, permet de saisir ce qui sous-tend cette mascarade.

Leah Gordon, Esclav yo © Leah Gordon

Leah Gordon, Esclav yo © Leah Gordon

Comme le soutient Gordon, l’histoire d’Haïti n’est pas simple, mais elle est significative et importante. Alors que, dans la plupart des pays, l’histoire a été remplacée par le spectacle de la consommation, des médias ou du terrorisme, en Haïti elle demeure d’une grande force. Le carnaval est devenu un véhicule puissant pour raconter l’histoire d’Haïti et, comme l’écrit Gordon, « ce sont les gens qui prennent en charge l’histoire et qui la façonnent à leur guise ».

Cette exposition est présentée dans le cadre d’une collecte de fonds au bénéfice de la Fondation Kanpe, www.kanpe.org.

Kreyon Pèp La Pa Gen Gòm (Le crayon du peuple n’a pas d’effaceur) : L’art comme médiateur de l’histoire et du changement social en Haïti

Conférence le 16 avril 2013

À l’occasion de cette exposition, le jeudi 16 avril 2013 à 19h, aura lieu une conférence spéciale une soirée de discussions et d’échanges sur la notion de l’art comme outil et médium du changement social. L’ancienne gouverneure générale parlera de la Fondation Michaëlle Jean, ainsi que son travail en Haïti. Leah Gordon discutera de son processus, ses projets et l’exposition à Montréal. Une conversation et une période de questions modérées par Dominique Fontaine suivra afin d’explorer plus en profondeur la puissance transformatrice de l’art.

Leah Gordon © Leah Gordon

Leah Gordon © Leah Gordon

Centre PHI, 407, rue Saint-Pierre, Montréal, Canada.

Exposition à voir du lundi au samedi, de 12 h à 18 h (sauf le samedi jusqu’à 17h), du 25 février au 27 avril 2013.

http://phi-centre.com/fr/evenements/id/leahgordon

Crédits photographie à la une : Leah Gordon, Lanse Kod © Leah Gordon