Radcliffe Roye est un photographe documentaliste basé à Brooklyn et spécialisé dans les portraits éditoriaux et environnementaux, le photojournalisme et la photographie d’archives. Photographe autodidacte avec seulement dix ans d’expérience, Radcliffe s’inspire de la vie brute et parfois dramatique des classes populaires, particulièrement celles de la Jamaïque, son pays d’origine. Radcliffe essaie de raconter les histoires de leurs victoires et défaites et de porter leurs voix sur du papier photographique.

 

Pouvez-vous nous parler un peu plus de vous et de votre carrière artistique ?

J’ai toujours aimé écrire. L’écriture poétique et créative a toujours fait partie de ma vie, aussi loin que je me souvienne. Ma mère nous racontait souvent, à ma sœur et moi, des histoires de son enfance à la fois pour raviver son enfance en quelque sorte, mais je pense aussi que c’était une façon de faire perdurer la tradition auprès de nous, une manière de nous enseigner la culture jamaïcaine. Je suis allé à l’université pour étudier la littérature et l’écriture créative, et après un bref passage dans les bureaux du plus grand journal de l’île, j’ai réalisé que je pouvais écrire avec un appareil photo et le faire de façon plus efficace qu’avec la plume. Je me suis rendu compte que les histoires ne pouvaient pas être éditées aussi facilement, pour préserver la réputation des gens qui mettaient des annonces dans les journaux. La transition de cette tradition écrite et orale à celle d’artiste visuel était inévitable après cette expérience dans la presse.

Je suis allé aux États-Unis pour travailler pour l’Associated Press. Après trois ans passés comme photographe de presse, je me suis lancée dans une carrière de photographe éditorialiste pour les magazines comme Ebony et Jet magazine. C’est lorsque je photographiais pour cette publication nationale Afro-Américaine que j’ai découvert cet intérêt intense pour photographier des images qui racontaient des histoires sur la diaspora africaine. J’ai été passionnément intéressé par les problèmes de justices sociales qui sont commun aux peuples des Caraïbes, de l’Amérique du Sud et d’Afrique.

© Radcliffe Roye

© Radcliffe Roye

Comment définissez votre travail et quelles sont vos thèmes de prédilection ?

Je définirais mon travail comme une documentation de la diaspora africaine. C’est ma manière de mettre en lumière les vies, la passion et la culture du peuple jamaïcain. Je suis très inspiré par la force de la classe la plus défavorisée.  Je suis ému par ces gens qui se battent pour être entendu et le font par les canaux de l’art que ce soit par la musique, la danse, la photographie, la peinture ou d’autres formes d’art.

Vous êtes né en Jamaïque. Vous revendiquez-vous comme un artiste caribéen ?

Je suis un artiste jamaïcain. Je suis un photographe qui vient de la Caraïbe. Je suis un documentaliste de la diaspora africaine.

 La Jamaïque est une partie importante de votre inspiration pour la photographie, de quel point de vue la prenez-vous en photo ?

Je photographie la Jamaïque du point de vue ceux qui sont supposés sans-voix. Mais seulement supposés… Par exemple, les personnes que j’ai photographiées dans mon projet sur le dance-hall dansent pour revendiquer leur nationalité. Ils dansent parce qu’ils veulent faire partie de la culture jamaïcaine. Parce qu’ils veulent que leurs mouvements soient connus dans le monde sous le nom de dance-hall reggae et qu’ils deviennent aussi importants que le jazz ou la version reggae de Bob Marley, qui prône l’amour. Je photographie le dance-hall parce que je veux effacer les stéréotypes qui sont liés à cette forme artistique. Certaines personnes disent qu’il est trop vulgaire et met en avant la promiscuité au sein des jeunes. Pourtant lors de mes voyages en Afrique, particulièrement au Congo, j’ai pu voir des mouvements de danse identiques à ceux pratiqués dans le dance-hall, des mouvements qui étaient liés à des cérémonies et des rituels.

© Radcliffe Roye / Dancehall Queen 2011

© Radcliffe Roye / Dancehall Queen 2011

Vous vivez aux États-Unis aujourd’hui. Comment la photographie caribéenne y est-elle représentée ?

Je vis à Brooklyn et à travers des événements comme la West Indian Day Parade qui s’est tenue à l’automne, la culture et la photographie de la Caraïbe est mis en évidence par de belles photos prises lors de cet événement. J’ai photographié  cet événement pendant plus de 5 ans. J’ai également participé à trois expositions où les festivals et les carnavals des Caraïbes étaient un des principaux sujets.

© Radcliffe Roye / J'ouvert : At the Devil's Playground

© Radcliffe Roye / J’ouvert : At the Devil’s Playground

 Je pense que les publications comme ARC magazine font un travail incroyable en présentant les Caraïbes sur un beau papier glacé, un peu comme un magazine d’exposition, mettant en valeur le meilleur de ce que la Caraïbe a à offrir en terme d’Art et de culture.

Quels sont vos projets, expositions ou collections à venir ?

Je suis actuellement un des photographes de l’exposition appelée Dandy Lions qui se tient au Reginald Lewis Museum à Baltimore jusqu’au mois de mai. On m’a aussi demandé de faire partie du National Black Arts Festival, qui se déroule cet été à Atlanta, en Géorgie, et qui mettra en avant les photographies de ma série intitulée J’ouvert qui ont été prises à Brooklyn.