Artiste phare de l’art contemporain haïtien, Mario Benjamin se place aux antipodes des stéréotypes qui pèsent sur l’art d’Haïti, où il est né en 1964. Sa peinture est caractérisée par un hyperréalisme qu’il exprime à travers nombre de portraits aux expressions intenses, emblématiques de sa peinture. Il travaille également en espace en créant des installations qui incluent vidéos, photographies et sons. Ces dernières années, il a participé aux Biennales de São Paulo, Johannesburg, Saint-Domingue, La Havane et à de nombreuses expositions aux États-Unis.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

Je pensais que vous saviez tout… Je tends à eviter le bavardage en général… Le plus souvent mes oeuvres sont sans titre. Sur mon site il n’y a pas de textes, c’est un choix. Je donne la parole aux images. Alors je vous recommande de le visiter, la plupart des grands moments y sont.

Comment définissez-vous votre travail, et quels sont vos thèmes de prédilection ?

Mon travail et l’art en général m’intéressent dans leur dimension magique, celle qui me depasse.

Je n’ai pas de recettes et j’essaie d’éviter tout ce qui est systématique et répétitif. Bien sûr, on y trouve des lieux communs : dans ma peinture, le portrait et dans mes installations, la lumiere, la photographie, le son, la video, etc. Ces projets ont été pour la plupart des experiences uniques faites sur mesure pour un lieu, en phase avec les réalités du moment. 

© Mario Benjamin

© Mario Benjamin

Vous êtes une figure de l’art contemporain haïtien, pensez-vous qu’il existe une identité artistique caribéenne ? Vous revendiquez-vous comme tel ?

Il y a sûrement une esthétique caribéenne bien établie, mais je crois surtout à la vitalité d’un art de la Caraïbe qui est le fruit de la communication aujourd’hui à travers la télévision, Internet, les livres et les magazines…
Sans parler des voyages et des contacts permanents avec la diaspora qui, dans le cas d’Haïti, compte plus d’un million de personnes rien qu’en Amerique du Nord. Nous sommes immergés dans ce flot d’informations auxquelles il est impossible d’échapper. Je pense que c’est le charme de notre époque.
Je suis définitivement d’Haiti mais ce que je fais c’est une toute autre histoire…

À travers votre travail, vous vous placez aux antipodes des stéréotypes qui pèsent sur l' »art haïtien », est-ce un choix délibéré ou l’évolution logique de votre oeuvre qui vous a poussé dans cette direction ?

C’est une position, je ne crois tout simplement pas à la sincérité d’un art d’origine Haïtienne qui en 2012 ne parlerait que de cocotiers, du vaudou ou de scènes de marché en couleurs chatoyantes… 

© Mario Benjamin

© Mario Benjamin

Votre carrière vous a conduit à exposer seul ou en groupe à travers le monde, comment l’art caribéen y est-il représenté ? Avez-vous ressenti des différences selon les endroits où vous vous trouviez ?

Pour être honnête, je ne suis pas très à l’aise avec le terme « Caribean Art ». Comme on trouverait absurde aujourd’hui de parler d’un « European Art ». Nous sommes dans une époque d’interpénétration culturelle où l’on favorise entre autre la singularité. Ce genre d’appellation faisait plus de sens il y a une cinquantaine d’années.

Mais en général, pour revenir à votre question, la région est peu représentée internationalement (en dehors des cubains). L’une des raisons à cela est entre autre le manque de structures et d’institutons qui soutiennent localement les artistes de chez nous.

Le problème est le même en Afrique. J’ai eu des bonnes, très bonnes, agréables et très désagréables expériences en travaillant en France comme partout ailleurs.

© Mario Benjamin

© Mario Benjamin

Nous avons lu une histoire à propos d’une de vos oeuvres qui a du être restaurée après avoir été endommagée après le tremblement de terre. Particulièrement attaché à cet endroit, comment avez ressenti ces événements ?

Le tremblement de terre est la dernière plaie dont nous n’avions pas besoin en Haïti. C’est tout ce que je dirai.

Pouvez-vous nous parler de votre actualité ? Vos projets ?

Pour le moment, je suis sur deux projets d’exposition : une collective où je suis invité en Hollande en Mai au Kunsthal Kade Amersfoort, et à Paris une individuelle chez Revue Noire. Je ne peux rien dire de plus, tout cela macère tranquillement dans ma tête pour le moment…