José Manuel Fors, votre formation ne vous destinait pas à faire de la photographie… 

José Manuel Fors, Installation à la Factoria Habana, 2012 © Uprising ArtJosé Manuel Fors, Installation à la Factoria Habana, 2012 © Uprising Art

J’ai étudié la peinture, dont j’ai obtenu un diplôme de [l’institut, ndlr] San Alejandro. J’ai progressivement abandonné la peinture. Très tôt j’ai commencé à faire des installations. J’aimé beaucoup travailler avec les espaces et les modeler.
C’est ainsi que j’ai commencé à travailler avec la photographie, j’ai essayé, j’ai aimé et j’ai continué – à tel point que dernièrement la majorité de mes supports sont photographiques.
Un autre point important de mon travail est que celui-ci a été influencé par ma carrière de muséologie. J’ai travaillé comme muséographe au Musée des Beaux-arts durant une dizaine d’années. C’est fondamental car cela a eu un impact essentiel sur ma façon de concevoir mes expositions. J’ai tellement appris à travailler les espaces qu’ils en sont arrivés à être aussi importants que mes œuvres. Les images sont des cadres, mais ces cadres font partie d’un espace, tout ceci est lié.

 

 Vous créez un univers photographique constitué d’une accumulation de petites photos. Comment utilisez-vous le matériau de la « photographie » ? Vous vous servez beaucoup d’images d’archives que vous réutilisez… 

Je n’ai jamais étudié la photographie. La vérité est que j’ai appris en autodidacte à la volée. Je continue à apprendre des solutions techniques. Je crois aussi que de nombreuses personnes n’étudient pas photo, car il n’y a pas vraiment d’école de photographie à Cuba. Mon expérience en beaux-arts, en particulier la peinture, m’ont permis de sentir qu’une photographie n’était pas suffisante…

José Manuel Fors, Cartas de América © José Manuel Fors
José Manuel Fors, Cartas de América © José Manuel Fors

À Cuba, quand j’ai débuté, j’appartenais à un groupe qui commençait à utiliser la photographie d’une manière qui n’avait pas qu’à voir avec du reportage pur. Avec l’influence de la peinture, j’ai énormément manipulé mes photos. C’est intéressant parce que, jamais ou rarement, je ne sors avec mon appareil photo. Je réalise tout mon travail depuis mon studio. Parfois, j’ai pris des photos … mais très peu. J’utilise habituellement des lettres ; je copie et m’approprie d’autres images de ma famille. Parfois, je construis également l’ambiance ou l’environnement que je désire afin de le photographier.

En ce qui concerne l’utilisation de photos multiples – ce qui est quelque chose de très commun dans l’art de la photographie – cela venait d’une raison pratique pour moi. Je voulais faire de grandes pièces, mais je n’avais accès qu’à de petits échantillons. L’idée a alors été de les coller, de les couper ou redécouper, et ainsi de réaliser des créations semblables à des peintures, ayant un format de tableau. Les images que j’utilise renvoient à ma famille et je me suis beaucoup concentré sur mes expérimentations en studio pour le choix de mes papiers et textures …

José Manuel Fors, Détail de Manos © José Manuel Fors
José Manuel Fors, Détail de Manos © José Manuel Fors

Comment étaient vos premières œuvres ? Qu’est ce qui vous a poussé à utiliser autant d’objets dans vos compositions ? 

Mes premières photos sont indépendantes. Une des premières fut l’image d’un banc cassé dans le jardin de ma maison. Ces photos étaient plutôt isolées, seules (dans la décennie 1980), ensuite mon travail s’est élargi et de plus en plus de volumes sont apparus.

J’utilise des objets comme si j’étais un archéologue : je les collectionne et les photographie. C’est ma tendance à l’installation. J’ai également souvent une obsession avec la création d’objets tridimensionnels. Les objets, comme le reste, sont mémoire. Parfois, il y a des objets qui ont peu de transcendance mais qui attirent mon attention, et que je photographie. Ils font partie de l’esthétique de mes clichés. Parfois, j’utilise un objet particulier. C’est la même chose avec les outils inclus dans mes compositions. Ce sont les outils de l’homme. Ils sont liés aux êtres humains.

© José Manuel Fors

© José Manuel Fors

À La Cabaña vous exposez Pormenores, cette installation est un peu différente des autres que vous avez réalisé : ici ce sont des photos déployées sur le sol de manière aléatoire.

Mes pièces ont tendance à avoir un ordre, mais j’ai senti que je devais recueillir ces fragments fortuitement. J’ai commencé à collectionner des images petites, comme si j’étais en train d’accumuler des feuilles. J’ai débuté en réalisant un tableau de taille moyenne afin de voir si j’aimais la façon dont il s’appréciait. J’ai recommencé à plusieurs reprises. Et puis je l’ai fait directement sur le sol lors de la biennale. Dans le désordre, il ya toujours un contrôle. Dans Pormenores les photos se concentrent au centre et aux extrémités de l’installation qui se termine. Parfois, j’organise mes photos par thème, mais ici voilà tout ce qui d’une certaine façon fait partie de mon monde, de mon univers, mais tout mélangé. 

Vos œuvres circulaires obéissent-elles à un autre objectif ? 

José Manuel Fors, Circulo © José Manuel Fors
José Manuel Fors, Circulo © José Manuel Fors

J’aimais beaucoup cette forme circulaire. Son centre me donnait le sentiment que les choses proviennent d’un point central. Dans ces compositions, j’ai utilisé l’idée des cartes planes : elles étaient comme la représentation plane de certains mondes. Souvent, j’ai placé dans le centre de ces pièces, des lentilles d’appareil, comme pour signifier que de cette lentille surgissait la photographie d’un univers.

Cela a eu des variations, par exemple, j’ai réalisé une composition circulaire de mes objets et outils. Elle est dans ma maison et mesure deux mètres de diamètre à présent. C’est le monde de mes outils, et c’est une variante de ce que j’ai pu réaliser avec des clichés. Elle s’élargit petit à petit.

Il y a également des œuvres que j’ai faites directement sur le mur, comme dans des musées par exemple – je l’ai fait à Miami et au Musée des Beaux-arts. Ne sachant pas quelle dimension finale ils auraient ! 

Quels sont vos projets ?

Peut-être prendre un peu de temps avec plus de calme pour décider ce que je ferai. Chaque artiste a sa raison d’être, son obsession. J’aime évoluer lentement, de sorte que l’évolution se produit. Chacune de mes œuvres est dérivée de celles antérieures.

 

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Par Clelia Coussonnet

Mai 2012

Crédits photographie à la une : José Manuel Fors devant sa « ronde d »outils »