Glenda León est une artiste visuelle basée entre La Havane et Madrid. Son travail englobe le dessin ou la vidéo, mais aussi les installations, des objets et photographies… Elle s’intéresse aux interstices entre visible et invisible, bruit et silence, éphémère et éternel. À travers cette interview, elle revient sur son parcours et nous expose son opinion sur la place des arts caribéens dans l’art contemporain.

 

Quel est votre parcours ?

Je suis née à La Havane en 1976. En ce moment, je vis et travaille entre Madrid et La Havane parce que j’ai obtenu une bourse de recherche du gouvernement espagnol.

Ma carrière a commencé il y a 13 ans mais évidemment elle a été influencé par toutes mes expériences, tout que j’ai lu et étudié avant de l’initier. J’ai notamment étudié l’histoire de l’art à l’université de La Havane, j’ai reçu une formation de danseuse classique pendant dix ans environ et j’ai étudié à l’académie des arts visuels au niveau secondaire (de 12 à 14 ans).

Plus tard en 2005, j’ai déménagé à Cologne en Allemagne, pour faire un master de beaux-arts en Nouveaux Médias (New Media) à la KHM, c’est une expérience qui a enrichi ma vie et ma carrière de manière inimaginable.

Comment définissez-vous votre approche créative ?

Quelqu’un m’a qualifiée d’artiste lyrique-conceptuel… ça m’a plu ! Je pense que pratiquement tout ce que je vois ou j’expérimente sont des sources potentielles d’inspiration. Je revisite la nature dans mon travail (une image d’un arbre, une nuit étoilée, la mer, le ciel et les nuages) parce que je crois que nous devenons jour après jour déconnectés de la nature et donc de nous-mêmes.

Mais je suis aussi intéressé par la création d’une absurdité qui fait sens, en déconstruisant un objet et en y ajoutant un titre, je crée un sens nouveau à partir d’un résultat apparemment absurde.

© Glenda León / Acoustic Drawing : Listening Stars (I) - Ink on Paper

© Glenda León / Acoustic Drawing : Listening Stars (I) – Ink on Paper

Vous venez de La Havane. Vous revendiquez-vous comme une artiste caribéenne ?

Cela ne m’intéresse pas de me revendiquer comme artiste caribéenne. Je suis fier et heureuse d’être née dans une île des Caraïbes mais je crois que l’art est un langage international, pour comprendre une œuvre d’art vous n’avez pas forcément besoin de savoir d’où l’artiste vient ou de l’écouter vous raconter une histoire. L’art devrait communiquer de façon autonome et je pense qu’en voyant mon travail vous ne pouvez pas vraiment, et difficilement, dire d’où je viens.

Vous vivez entre La Havane et Madrid, comment l’art caribéen est-il représenté à Madrid ?

Je ne crois pas qu’il existe une grande connaissance de l’art des Caraïbes en Europe en général. À la Havane, j’ai étudié l’art caribéen à l’université avec un grand professeur, Yolanda Wood. Elle m’a fait prendre conscience de la différence entre les Caraïbes et l’Amérique Latine, que j’ignorais totalement jusque-là.

Quelle est votre opinion de la représentation de l’art contemporain de la Caraïbe ?

J’ai fait partie d’une grande exposition au Brooklyn Museum à New York qui se concentrait sur l’art venant de la Caraïbe et curatée par Tumelo Mosaka [ndlr Infinite Islands en 2007], et j’ai aussi participé à la première Trienal Internacional del Caribe au Musée d’art contemporain de St Domingue, en République Dominicaine en 2010. Mais je pense que la meilleure manière de montrer les artistes Latinos et Caribéens au monde est de les inclure dans le courant majoritaire des artistes au lieu de participer à toutes ces expositions régionales. Le même « enfermement » est crée lorsque l’on s’intéresse à l’art fait par des femmes, fait par des gays, etc. Ces expositions ont un caractère certes didactiques, selon moi, et sont peut-être nécessaires pendant un temps mais je ne me sens pas confortables avec le fait d’être dans ces « cages » nominales et je pense qu’elles doivent être dépassées.

© Glenda León / Mirage Series 5-Light-boxes

© Glenda León / Mirage Series 5-Light-boxes

Quels sont vos projets ?

Cette année je fais partie de la prochaine biennale de La Havane avec deux projets collatéraux. Plus tard je participerais aussi à une exposition collective à La Rocca, Centro per l’Arte Contemporaneo, Umbertide, à Pérouse en Italie ; à la Fiac avec ma galerie française Dominique Fiat, et sûrement à Loop, une foire d’art vidéo à Barcelone avec ma galerie new-yorkaise Magnan Metz. En 2013, une exposition individuelle est prévue au Centre d’Art Contemporain du Château des Adhémar… Un vieux château que je vais ré-enchanter !

© Glenda León / LISTENING TO SILENCE, MagnanMetz Projects, NYC

© Glenda León / LISTENING TO SILENCE, MagnanMetz Projects, NYC


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