Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

A travers l’examen des structures sociales du ghetto, je crée une mythologie personnelle qui représente les classes les plus pauvres du ghetto par des métaphores de héros, rois, reines, dieux et déesses. Mon travail essaye d’élever le statut du noir désavantagé, à travers des hybrides homme-animal.

Lavar Munroe, BIG C: Goddess of Coke (Heavens' Dust), 2012 © Lavar Munroe

Lavar Munroe, BIG C: Goddess of Coke (Heavens’ Dust), 2012 © Lavar Munroe

Ma compréhension de telles disparités sociétales tient compte de mon éducation dans les ghettos des Bahamas et de mon exposition et observation des traits de caractères des soi-disant « sociétés de classes normales » aux États-Unis et également aux Bahamas. Mon enquête est aussi profondément enracinée dans les théories et les comportements du Farceur dans la mythologie. Dans mon travail, j’ai adopté la personnalité du Farceur et ai utilisé ses méthodes de manipulation pour documenter ce que je crée, la façon dont je le fais et la raison pour laquelle je le fais. Mon travail enquête sur et manipule les pouvoirs hiérarchiques au sein des sociétés.

Mon travail comprend des installations, des peintures, des sculptures et des supports hybrides qui chevauchent la peinture et la sculpture. Mon travail emprunte aux éléments narratifs de l’illustration, aux idéaux théâtraux et surréalistes des anciennes mythologies. A travers de telles influences, j’utilise des éléments de mon travail comme des métaphores allégoriques pour étudier les problématiques de marginalisation et d’oppression au sein des classes pauvres des communautés noires autour du monde.

Lavar Munroe, Bed Series, 2013 © Lavar Munroe

Lavar Munroe, Bed Series, 2013 © Lavar Munroe

Pourquoi traiter de la question de « la classe pauvre des Noirs du ghetto » par la représentation et la création de figures hybrides, incluant des icônes religieuses ou une iconographie orientée vers le pouvoir ?

Il y a un certain nombre d’éléments importants qui influencent ma pratique visuelle. Ces éléments comprennent, mais n’y sont pas limités, le rôle de l’animal dans la culture occidentale et l’histoire de l’art, le mythe et l’utilisation de matériau pour évoquer une signification. De cette façon, j’emprunte au langage utilisé par les cultures historiques mythologiques comme les Grecs, les Romains et les Égyptiens. Les Égyptiens en particulier utilisaient l’hybride de la même façon que moi, alors qu’à travers le contraste de l’animalité au sein de la forme humaine, ils reconnaissaient, créaient et rendaient hommage aux dieux, déesses et ancêtres. Mon travail rend hommage à ces peuples qui ont moins de moyens au sein de la société dans laquelle je vis. A travers la création de dieux, déesses, héros, méchants et démons, je fais référence aux modes de vie contrastés de la société ordinaire et du ghetto, deux secteurs desquels je me suis tenu à l’écart. Comme les Grecs et les Romains, j’utilise la mythologie comme un outil pour mieux comprendre le monde dans lequel je vis. Je suis en particulier attiré par leurs histoires de guerre, combat et pouvoir et je mets en place dans mon enquête les relations entre le ghetto et la société dans son ensemble. Mon enquête est aussi profondément enracinée dans les théories et comportements du Farceur dans la mythologie de la même manière que j’ai adopté le rôle de l’Artiste comme Farceur dans mes enquêtes. J’utilise les méthodes de manipulation du farceur pour rendre compte de ce que je fais, de la manière dont je le fais et la raison pour laquelle je le fais. En faisant cela, mon travail remet en question les structures sociétales et la hiérarchie des disparités raciales. Cela défie aussi les systèmes de valeurs projetés sur le matériau.

Lavar Munroe, House of Indulgence, 2012 © Lavar Munroe

Lavar Munroe, House of Indulgence, 2012 © Lavar Munroe

Pourrait-on considérer votre travail comme existentialiste ?

Oui, de bien des façons.

Pensez-vous que créer un nouveau monde, incorporant des histoires réelles, peut soulager la souffrance des marginalisés et des démunis sur lesquels vos enquêtes artistiques reposent ? Ou mettre en lumière la situation dans laquelle ils vivent ? Est-ce que cela peut être un moyen de se débarrasser de ces stéréotypes que vous dénoncez ?

Non cela ne va pas « soulager » leur souffrance mais cela va contribuer à construire une conscience et une attention accrues sur de tels cas qui sont souvent négligés ou ignorés dans la société. Cela va aussi défier, réarticuler et inverser les normes sociétales comme elles sont dictées par les classes dominantes de la société. Les œuvres sont utilisées comme une voix pour les désavantagés, rejetant les tendances hégémoniques que beaucoup de personnes dans les classes supérieures montrent à l’égard des gens désavantagés de la société.

Lavar Munroe, Is This What You Call Paradise, 2012 © Lavar Munroe

Lavar Munroe, Is This What You Call Paradise? 2012 © Lavar Munroe

Comment vos peintures et installations se complètent-elles ?

C’est difficile d’expliquer comment, mais elles se complètent. Je pense que je reste fidèle à ma mission et articule honnêtement mes problématiques.

Vos titres sont poétiques et engagés. Sont-ils importants pour vos œuvres ?

Les titres servent à la fois de point d’entrée et point de sortie d’une œuvre. Mes titres permettent à mon public de se faire une idée de mon intention dans une œuvre particulière mais mon œuvre est composée d’une certaine façon qui fait qu’elle parle d’un sujet de plusieurs manières.

Lavar Munroe, Of A Lesser People according to Tyler, 2012 © Lavar Munroe

Lavar Munroe, Of A Lesser People according to Tyler, 2012 © Lavar Munroe

Le public entre en dialogue mais est forcé de construire un sens basé sur les indices que l’œuvre et le titre possèdent.

Qu’est-ce qui inspire votre procédé artistique ?

La vie.

Que pensez-vous de placer vos œuvres dans le contexte de l’espace public ?

Je pense que mon travail est toujours dans « des endroits publics ». Si vous faites référence au plein air, mon choix de matériau ne l’autorise pas pour le moment. L’œuvre doit fonctionner au sein des paramètres du matériau que j’ai choisi qui ne convient pas aux abus de Mère Nature.

Quels sont vos projets futurs ?

Plus de peinture, plus de sculpture, plus d’installations, plus de performance.

Mars-Avril 2013,
Par Clelia Coussonnet

Crédits photographie à la une : Lavar Munroe, Hitmen: Tale of Twin Gods, 2012 © Lavar Munroe