Uprising Art est partenaire média de la première édition de la BIAC, Biennale Internationale d’Art Contemporain de Martinique, qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014 et dont le thème est “De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels”. A ce titre, Uprising effectue un reportage à la Martinique du 19 au 26 novembre et conduit une série d’interviews de l’équipe organisatrice, des commissaires invités, des artistes en résidence et des artistes exposant dans les Pavillons International et de la Martinique.

Suivez-nous pour en savoir plus sur les coulisses et le déroulement des événements.

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En exclusivité une interview d’Oshea
Oshea, graffeur martiniquais
Parcours In-Situ

Il s’agit de la 1e édition de la BIAC en Martinique. Quelle est l’importance d’un tel événement ?

Cet événement permet une meilleure visibilité sur la place de l’art à la Martinique ; ainsi qu’une ouverture sur le monde, avec l’échange et la confrontation d’artistes venus d’ailleurs.

Pourriez-vous vous présenter ? Et indiquer quelles sont vos thématiques de travail ?

Je suis OSHEA un artiste pluridisciplinaire, « touche à tout » mes thématiques de travail sont les traditions, la société en générale, mais j’aime particulièrement axer mon travail autour de la culture de mon pays.

© Oshea

© Oshea

Quand avez-vous réalisé votre premier mural ?

Dans les années 90, je devais avoir 14/15 ans, mur d’un ancien parking au cœur de Fort-de-France.

Vous participez à la biennale dans sa section in-situ. Dans le cadre de l’Embellie Trois Ilets, Xan et vous rendrez un hommage à Khokho René-Corail. En quoi est-ce une figure importante pour le street art en Martinique ?

Khokho fait figure de précurseur du street art à la Martinique, il est certainement le 1er à avoir investi la rue avec des fresques réalisées à partir de matériaux et techniques divers tels que l’aérosol, le fer forgé, le béton…

Oshea & Xän, création in situ, BIAC 2013

Oshea & Xän, création in situ, BIAC 2013

Son œuvre est intemporelle, et visible partout dans l’île tant il fut prolifique, dommage que certaines de ces pièces aient été oubliées et aussi saccagées par certaines personnes ayant peu de respect ou de connaissances de notre histoire.

Une exposition de l’œuvre de Khokho sera également visible dans le Marché de la place de l’église des Trois Ilets. Comment pensez-vous que vos œuvres murales et l’exposition se complètent ?

Notre œuvre se veut être en hommage à Khokho, elle est la continuité voire le prolongement du travail accompli par cet artiste. Il ne s’agira donc pas de compléter cette exposition mais juste pour nous de crier notre Bélya pour Khokho et notre grand respect.

Qu’est-ce qui a motivé votre recherche plastique autour de votre projet ?

La grande richesse culturelle qu’offre mon pays…un vivier inépuisable.

© Oshea

© Oshea

Mais également toutes ces différentes influences artistiques que j’ai eu tout au long de mon parcours à savoir : les comics, le hip-hop, la peinture traditionnelle, la musique (bèlè notamment), l’artisanat d’art, le graphisme et j’en passe.

Quelles réactions souhaitez-vous générer chez vos spectateurs ?

Avant tout, je souhaite susciter de la curiosité mais aussi de l’émerveillement.

Toujours dans la section in situ, vous avez collaboré avec REMED, L’Atlas (graffeurs français), Topo et Xan.

En effet, nous avons réalisé la fresque collective Konn Konnin.

Oshea, Konn Konnin © Oshea

Oshea, Konn Konnin © Oshea

Vous avez participé à des workshops avec des jeunes issus de structures d’insertion. Le graff peut-il être un outil pour eux ?

Le graff peut être un outil pour eux car il nécessite une certaine discipline mais à condition d’y développer sa propre vision de cet art afin d’y apporter sa singularité.

Vous travaillez souvent en collaboration. Que vous apporte de créer en solo ?

Cela m’apporte d’être face à moi-même, de rentrer plus en profondeur dans mon univers pictural et d’exprimer pleinement tout ce que j’ai à dire.

© Oshea

© Oshea

Comment est reconnu le graff / le street art en Martinique ? Y a-t-il beaucoup de différences et/ou compétitions entre les deux milieux ? Ou au contraire sont-ils réunis ?

Le graff est la première discipline que le public a découvert et ce de part des actions menées au Forum Frantz Fanon dans les années 90, ou les quinzaines de l’OMDAC initiées par Yves Marie Serraline (j’y ai d’ailleurs fait mes armes).

Après une longue traversée du désert, le graff se réinstalle dans le paysage il y a de cela 4 ans et depuis peu le street art. C’est particulièrement l’action de Mix’art qui aura permis un coup de projecteur d’envergure sur nos disciplines artistiques (expérience inoubliable de par les rencontres effectuées).

Depuis 4 ans, le public adhère de plus en plus à tout ce qui est proposé en la matière : s’arrête, échange, s’interroge, se chamaille presque à qui offrira la meilleure lecture de l’œuvre proposée. Les institutions jouent de plus en plus le jeu et font appel à nous pour l’animation d’ateliers ou l’embellissement de leurs infrastructures, mais tout reste encore à faire et on ne lâche pas l’affaire.

© Oshea

© Oshea

Oui il y a certaines différences, notamment au niveau des techniques utilisées.

Quels sont, selon vous, les défis que l’art de la région (art visuel ou street art) doit encore dépasser pour réussir à s’imposer sur la scène internationale ?

Artistiquement, on a tout pour s’imposer sur la scène internationale, c’est notre identité, notre histoire, notre vécu, nos vraies forces. Le seul réel défi est celui de l’audace.

Mais pour qu’on s’impose, il faut qu’on ait déjà la démarche de s’exposer, après la notion de succès ou de réussite ne nous appartient pas.

Quels sont vos projets ?

Plus de fresques et de plus grandes envergures, me développer artistiquement pour après envisager de voyager pour maximiser les échanges et faire connaître mon art.

Je vais aussi continuer mes ateliers à destination des jeunes (et des moins jeunes).

© Oshea

© Oshea

Un dernier mot sur votre nom ?

A l’époque où j’ai découvert le hip hop, je cherchais un surnom et c’est Profet qui m’a attribué ce « blaze » que j’ai gardé jusqu’à aujourd’hui. Mais avec ce nom, je souhaiterais également qu’on y lise (symboliquement) le slogan qui va avec : « fè la pinti palé kréyol ! »

Par Clelia Coussonnet

Novembre 2013

Crédits photographie à la une : © Oshea