Exposition collective

Cette exposition rend hommage au Gupo Antillano, mouvement culturel et artistique qui, entre 1978 et 1983, a proposé une vision de la culture cubaine qui soulignait l’importance des éléments africains et afro-caribéens dans la formation de la nation cubaine. En réponse à ceux qui, dans les années soixante-dix, présentaient la Santeria ou d’autre pratiques religieuses et culturelles afro-cubaines comme primitives et rétrogrades, le Grupo Antillano a courageusement mis en évidence la centralité des cultures africaines dans la culture nationale. Pour les artistes de Grupo Antillano, l’Afrique et les Caraïbes n’étaient pas des influences mortes ou inertes, mais bien des influences vitales qui continuaient à définir l’être cubain.

Cuban contemporary art

L’art de Grupo Antillano fait partie d’une longue tradition caribéenne de résistance et d’affirmation culturelle, de création d’espaces et d’identités propres. C’est un exemple magnifique de ce « prodigieux effort de légitime défense » et de « marronnage idéologique » qui, selon René Depestre, ont permis aux masses esclavagisées de ré-élaborer leurs passés et leurs cultures.

Au milieu du 20ème siècle, un médecin des plantations du sud américain a décrit une maladie propre aux esclaves : la drapetomanie. Du grec drapetes (s’échapper, fuir) et mania (folie), le symptôme le plus visible de cette maladie étrange étant la tendance irrépressible et pathologique de nombreux esclaves à fuir pour être libres. Le médecin a donc décrit la fuite comme une souffrance, une maladie, une déviance de l’ordre naturel, une expression du caractère sauvage indomptable des noirs.

Andrés Montalván Cuellar, Eterna idea del regreso, 2012 © Andrés Montalván Cuellar

Andrés Montalván Cuellar, Eterna idea del regreso, 2012 © Andrés Montalván Cuellar

C’est seulement grâce à la créativité et à l’ingéniosité de nombreux intellectuels et artistes caribéens – comme ceux qui participent à cette exposition – que cette aberration démodée s’est transformée en un geste fonctionnel. C’est grâce au travail de penseurs et d’artistes comme ceux liés au Grupo Antillano que nous pouvons aujourd’hui célébrer une cubanité cimarrone et caribéenne. Ce que le médecin avait catégorisé de désordre s’est transformé en la pierre angulaire d’un nouvel ordre, d’une utopie d’espaces et d’identités partagés. Malheureusement, comme le dirait le grand poète martiniquais Edouard Glissant, « l’ancien marronage des esclaves … est à nouveau à l’œuvre pour nous ». Malheureusement nous avons cette histoire, notre histoire, l’histoire que le Groupe Antillano s’applique à reconstruire et à raconter.

caribbean contemporary art

Artistes participants : Ayala / Belkis Ayon/ Bedia / Choco/ Cobas / Couceiro / Diago / Escalona / Alexis Esquivel / Ever Fonseca / Haiti / Larrinaga / Lasseria / Lescay / Marta Maria /Mendive / Montalvan / Leonel Morales / Clara Morera / Ocejo / Olazabal / Queneditt / Douglas Perez / Rene Peña / Elio Rodriguez / Leandro Soto / Julia Valdes

Centro Provincial de Artes Plásticas y Diseño. Calle 1ra y M. Ampliación de Terrazas, Santiago de Cuba, Cuba.

Exposition à visiter à partir du 5 avril 2013.

http://www.queloides-exhibit.com/Grupo-Antillano/

Crédits photographie à la une: Invitation © Drapetomania