Uprising Art est partenaire média de la première édition de la BIAC, Biennale Internationale d’Art Contemporain de Martinique, qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014 et dont le thème est « De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels ». A ce titre, Uprising effectue un reportage à la Martinique du 19 au 26 novembre et conduit une série d’interviews de l’équipe organisatrice, des commissaires invités, des artistes en résidence et des artistes exposant dans les Pavillons International et de la Martinique.

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En exclusivité une interview de
Nuxuno Xän, artiste martiniquais,
Parcours In Situ

Il s’agit de la 1e édition de la BIAC en Martinique. Quelle est l’importance d’un tel événement ?

C’est une ouverture, une forme de vitrine, qui offre une visibilité plus importante aux artistes de la Caraïbe, un espace ou une plateforme de rencontre.

Pourriez-vous vous présenter ? Et indiquer quelles sont vos thématiques de travail ?

Nuxuno Xän, artiste peintre, à l’univers métissé, mon travail aborde des thèmes tels que.la mélancolie, la déshumanisation, la robotisation, la machine et l’homme, la nature et l’homme, le lien entre tradition et modernité…

© Xän

© Xän

Quand avez-vous réalisé votre premier mural ?

En 1995 sur un mur de la cité ou j’habitais.

Avec quel matériel préférez-vous travailler ?

Bombes, aérosols, feutres acryliques, peintures.

© Xän

© Xän

Vous participez à la biennale dans sa section in-situ. Dans le cadre de l’Embellie Trois Ilets, Oshea et vous rendrez un hommage à Khokho René-Corail. En quoi est-ce une figure importante pour le street art en Martinique ?

Il a été l’un des pionniers, précurseur de la fresque murale, son travail était à la limite de l’abstraction, stylisé, inspiré du traditionnel mais projeté vers le futur. Il incorporait aussi d’autres matériaux tel que le fer. Il y a certaines de ses fresques qui sont encore visibles aujourd’hui…

Qu’est-ce qui a motivé votre recherche plastique autour de votre projet ?

Un travail en duo avec deux styles différents, en même temps un hommage passe le plus souvent par un portrait, on a donc choisi une photo qui pour moi le représentait en pleine réflexion ou à la frontière d’un imaginaire, se demandant de quelle façon il le matérialiserait… une inspiration… Oshea s’est donc inspiré de l’aspect « graphique » du travail de Khokho autour des ses personnages fétiches, on a souhaité lui rendre un hommage car il nous inspire, un peu comme si son esprit était encore là parmi nous.

Oshea & Xän, création in situ, BIAC 2013

Oshea & Xän, création in situ, BIAC 2013

Une exposition de l’œuvre de Khokho sera également visible dans le Marché de la place de l’église des Trois Ilets. Comment pensez-vous que vos œuvres murales et l’exposition se complètent ?

Le travail de KHOKHO a plusieurs dimensions, sculptures, peintures etc….

On nous a d’abord proposé un mur format paysage sur un plateau sportif, mur qui selon nous n’était pas à la hauteur de l’hommage qu’on voulait lui rendre. C’est alors qu’après discussion un second mur nous a été proposé à proximité du centre culturel. Réduire le travail de KHOKHO à une expo dans une salle c’est en restreindre la portée, ayant lui-même fait des fresques (visibles encore aujourd’hui) en produire une en hommage à l’homme et son travail, nous semblait évident.

Quelles réactions souhaitez-vous générer chez vos spectateurs ?

© Xän

© Xän

L’étonnement, le questionnement, interpeller, provoquer une émotion…

Le graff peut-il être un outil pour les jeunes issus de structures d’insertion ?

À l’instar d’autres disciplines artistiques, musique, la peinture permet d’extérioriser et d’aborder certains thèmes sensibles plus facilement qu’à travers un simple dialogue. Le graffiti est un outil plus en phase avec la jeune génération. Ces codes sont d’ailleurs de plus en plus utilisés pour communiquer par les grandes marques et les institutions auprès de la jeunesse.

Vous travaillez souvent en collaboration. Que vous apporte de créer en solo ?

À la fois une liberté et un enfermement, la liberté de choisir le ton et le message lorsque je peins seul mais à la fois l’enfermement de se cantonner à son propre univers/style pouvant donner l’impression de tourner en rond. Ces trois dernières années j’ai apprécié le fait de travailler en groupe et seul de façon alternée et régulière, évitant ainsi de tomber dans une routine, appréhender l’autre est une manière de mieux se connaitre et donc de s’enrichir

Comment est reconnu le graff / le street art en Martinique ? Y a-t-il beaucoup de différences et/ou compétitions entre les deux milieux ? Ou au contraire sont-ils réunis ?

© Xän

© Xän

Le street art est de plus en plus apprécié en Martinique. Depuis peu le milieu de l’art contemporain Martiniquais lui accorde une place plus ou moins légitime, il y a tout de même beaucoup de travail qui reste à faire,

Le clivage street art/graffiti existe depuis l’arrivée du terme « street art ». Il y a des codes et des puristes dans chaque milieu donc forcément débats. L’île étant petite, je côtoie des gens des deux « camps ». Cette guerre d’étiquette ne m’intéresse pas, c’est avant tout pour moi une question de peinture et d’expression. Le street art fait appel a des techniques plus variés, cela reste une question d’outil, chacun choisi son moyen d’expression, comme un musicien son instrument par exemple. Par facilité, coût, influence, prédispositions…

Il y a depuis peu des collages qui apparaissent dans les rues de Fort-de-France par exemple, en tant que spectateur, même si je viens du graffiti et que j’en fais rarement cela me fait plaisir d’en voir…

Quels sont, selon vous, les défis que l’art de la région (art visuel ou street art) doit encore dépasser pour réussir à s’imposer sur la scène internationale ?

Poursuivre le travail de réflexion mené par certains piliers tel que KHOKHO, puiser dans notre propre patrimoine et nos richesses culturelles afin d’approfondir et revaloriser l’identité visuelle et culturelle de la région Martinique. S’aimer soi-même pour être aimé des autres. Certaines infrastructures pourraient y contribuer : ateliers (réhabiliter des anciennes structures afin de la convertir en atelier) ou résidence d’artistes, un musée d’art contemporain caribéen, aussi, une plateforme internationale d’échanges telle que la BIAC (ou sous une autre forme) doit être pérennisée.

© Xän

© Xän

Quels sont vos projets ?

Monter et participer à des expos, voyager et surtout vivre de ma peinture ce qui n’est pas une évidence à l’heure actuelle. Contribuer au développement culturel de l’île notamment par le biais d’actions avec le collectif NPL MADAPAINT, et pleins de surprises, la peinture avec l’afro et le cerisier « peyi » m’a offert une vitrine internationale et j’ai donc reçu pas mal de propositions et d’encouragement venant des 4 coins du globe et ça ouvre donc certaines perspectives que je n’envisageai pas ou en tous cas pas tout de suite. Bref beaucoup de travail à venir…

Un dernier mot sur votre nom ?

On m’appelle xän le plus souvent, mais aussi nüx, nuxuno, ou encore « xanöy!! » le pourquoi serait beaucoup trop long à expliquer…

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Par Clelia Coussonnet

Décembre 2013

Crédits photographie à la une : © Xän