Uprising Art est partenaire média de la première édition de la BIAC, Biennale Internationale d’Art Contemporain de Martinique, qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014 et dont le thème est « De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels ». A ce titre, Uprising effectue un reportage à la Martinique du 19 au 26 novembre et conduit une série d’interviews de l’équipe organisatrice, des commissaires invités, des artistes en résidence et des artistes exposant dans les Pavillons International et de la Martinique.

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En exclusivité une interview de
Jean-Marc Bullet, designer et artiste martiniquais,
Parcours In-Situ

Il s’agit de la 1e édition de la BIAC en Martinique. Quelle est l’importance d’un tel événement ?

La BIAC en Martinique sera la seconde biennale internationale d’art contemporain dans la Caraïbe après celle de Cuba. Elle permet évidemment un rayonnement culturel du pays au-delà des frontières géographiques et politiques. Puis c’est également une formidable occasion de faire un état des lieux de la création artistique contemporaine locale. Cela va permettre aux publics martiniquais d’avoir un large paysage des artistes caribéens. J’espère que cette biennale va dépasser l’hommage et permettre des rencontres difficiles voir impossibles sans ce genre d’évènements : entre artistes locaux et internationaux, entre institutions, entre corps de métiers, entre les habitants et les créateurs.

Jean-Marc Bullet, History 2 © Jean-Marc Bullet

Jean-Marc Bullet, History 2 © Jean-Marc Bullet

Pourriez-vous vous présenter ainsi que vos thématiques de prédilection ?

Je suis designer de formation, après avoir étudié l’art et le paysage dans une école d’art à Strasbourg, j’ai poursuivi mes études en design industriel à Paris où mon projet de fin d’étude m’a mené à ma démarche artistique actuelle. Je m’intéresse d’une part à la relation sociale que peuvent susciter les objets en milieu urbain et d’autre part à la pratique du bricolage comme un levier d’innovation et d’émancipation culturelle. Dans ce cadre, le quartier Trénelle de Fort-de-France est à cet égard un laboratoire d’étude et d’expérimentation.

Green Ladder © Jean-Marc Bullet

Green Ladder © Jean-Marc Bullet

Vous participez à la biennale dans sa section in-situ avec votre projet Auto-Construction. De formation, vous êtes urbaniste et designer, comme vous venez de le rappeler. Quel lien faites-vous entre votre discipline et l’art contemporain ?

Le design doit répondre au besoin d’un usage et en même temps aux exigences d’une entreprise. Ce sont ces contraintes qui permettent de fabriquer des objets s’intégrant dans un tissu économique. L’art ne s’attache pas à ce genre de considération. Toutefois leur point commun est de pouvoir questionner tous les deux les mêmes champs de la politique, de la culture, et de la sociologie, même si les ambitions esthétiques sont parfois différentes.

Que ressentez vous à l’idée d’exposer auprès d’artistes plasticiens de talents ? Avez-vous déjà eu l’occasion de travailler des thématiques aussi artistiques ou de réaliser des installations d’art public ? Si non, qu’en attendez-vous ?

C’est la première fois que je participe à ce genre d’évènements artistiques auprès d’artistes renommés. Ce sera le moment pour moi de mesurer la distance à parcourir pour être un artiste accompli et surtout d’échanger avec d’autres artistes sur leur pratique.

History 5 © Jean-Marc Bullet

History 5 © Jean-Marc Bullet

Qu’est-ce qui a motivé votre recherche plastique autour de votre projet ? Quelles ont été vos influences ?

C’est d’abord la thématique de la BIAC qui a suscité ma participation tout comme le fait que cette année soit le centenaire d’Aimé Césaire, le personnage à l’origine de la création du quartier Trénelle sur lequel je travaille. Mais aussi, l’habitat spontané, l’habitat social sont des questions qui m’intéressent et que je développe au sein du LIHP (Laboratoire International sur l’Habitat Populaire).

L’architecture et la question de l’utopie et de sa fabrication dans les constructions architecturales font-elles sens dans votre installation ?

Ce projet est à mi-chemin entre l’installation et la sculpture. Alors que l’architecture traite d’un ensemble de relations ; celle de l’homme à la lumière, à la nature, à l’environnement : les voisins, la rue, bref de l’habiter, ce n’est pas le cas dans ce projet. Pourtant le point commun entre ce projet et l’architecture est bien la question de l’utopie. Alors que la précision, la perfection, la science définissent la plupart des utopies architecturales, l’imperfection, l’incertitude, la poésie détermine la forme utopique de l’installation.

Jean-Marc Bullet, Territoire Bricolé, 2013 © Jean-Marc Bullet

Jean-Marc Bullet, Territoire Bricolé, 2013 © Jean-Marc Bullet

Où se situe la limite, l’interstice entre imaginaires et possibles dans votre domaine ?

La limite entre imaginaires et possibles est quand le projet ne sert plus un intérêt social mais uniquement plastique. Le lien social que l’œuvre déclenche entre les personnes est déterminant dans mon travail. C’est la raison pour laquelle la participation des habitants dans ce projet est indispensable.

Je réfléchissais à ce type de projet avant la biennale que j’avais uniquement dessiné. La biennale me permet de concrétiser et de vérifier mes hypothèses. Les habitants vont-ils jouer le jeu ?  Les matériaux correspondront-ils à ce que j’avais imaginé… ?

Le thème de la biennale – De la résonance du cri littéraire en arts visuels – a-t-il servi de fil directeur dans la conception d’Auto-Construction ? Et, si oui, comment ?

Bien sûr, les lectures précieuses du Cahier d’un retour au Pays natal, Moi laminaire, Texaco, ou Solibo le Magnifique m’ont guidé dans l’élaboration du projet.

Jean-Marc Bullet, Territoire Bricolé, 2013 © Jean-Marc Bullet

Jean-Marc Bullet, Territoire Bricolé, 2013 © Jean-Marc Bullet

Par Clelia Coussonnet

Octobre – Novembre 2013

Crédits photographie à la une : Jean-Marc Bullet © Maimiti Garçon