Uprising Art est partenaire média de la première édition de la BIAC, Biennale Internationale d’Art Contemporain de Martinique, qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014 et dont le thème est « De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels ». A ce titre, Uprising effectue un reportage à la Martinique du 19 au 26 novembre et conduit une série d’interviews de l’équipe organisatrice, des commissaires invités, des artistes en résidence et des artistes exposant dans les Pavillons International et de la Martinique.

Suivez-nous pour en savoir plus sur les coulisses et le déroulement des événements.

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En exclusivité une interview de
Henri Tauliaut, artiste guadeloupéen,
Parcours In-Situ

Il s’agit de la 1e édition de la BIAC en Martinique. Quelle est l’importance d’un tel événement ?

Pour les artistes de la Caraïbe, il s’agit d’une opportunité de présenter leurs démarches, leurs œuvres, voire de réaliser des projets inédits qui seront présentés à un public national et international de professionnels.

Pour les acteurs de la culture, artistes, commissaires d’expositions, décideurs, de nos petits pays, la BIAC c’est également un moment exceptionnel pour créer des contacts et mettre en place des projets d’envergure.

Pourriez-vous vous présenter ainsi que vos thématiques de prédilection ?

Né en Guadeloupe en 1966, j’ai suivi mes études au Campus Caraïbéen des Arts (ex Institut Régional d’Arts Visuels de la Martinique).

Je me qualifie d’artiste chercheur dont la démarche est orientée vers les pratiques du Bio-Art et les arts digitaux. Actuellement je m’intéresse au thème de la parade nuptiale, avec pour traductions plastiques des installations participatives et/ou robotiques. Je prépare également une thèse à l’UAG sur les artistes digitaux d’Amérique Latine et de la grande Caraïbe.

Henri Tauliaut, EIMO, 2013, technique mixte (bois, metal plastique,lumiere, son, interactivité) 9 X6 X3 M, modelisation Henri Tauliaut

Henri Tauliaut, EIMO, 2013, technique mixte (bois, metal plastique,lumiere, son, interactivité) 9 X6 X3 M, modelisation Henri Tauliaut

Vous participez à la biennale dans sa section in-situ. Pourriez-vous présenter votre projet ?

Le projet d’Espace Interactif Minimaliste et Organique (EIMO) est une installation qui de l’extérieur a l’apparence d’un parallélépipède de six mètres de côté et de trois mètres de hauteur. Âpres avoir pénétré dans ce monolithe translucide, le public est invité à circuler dans une série de boyaux débouchant dans des cavités sphériques. Il expérimente ainsi son espace vital lors de ses déplacements, et déclenche des événements sonores et lumineux par le biais de capteurs tactiles dissimulés dans les parois.

Henri Tauliaut, EIMO, Installation - Bois, métal, polyane,électricité, lumière,son - 6x6x3m - 2013

Henri Tauliaut, EIMO, Installation – Bois, métal, polyane,électricité, lumière,son – 6x6x3m – 2013

Avez-vous déjà eu l’occasion de réaliser des installations d’art public ? Si non, qu’en attendez-vous ?

Oui à plusieurs occasions, par exemple l’une d’entre elles, ancienne en 2004 à la Bibliothèque Schoelcher de Fort de France, l’installation se nommait Organik-Gam. Une œuvre où les spectateurs rencontraient, dans des aquariums et vivariums, différentes espèces animales ; une vidéo animalière était diffusée grâce à des téléviseurs.

Autre exemple en 2012, à la résidence d’artistes l’Artocarpe (Guadeloupe) a eu lieu l’exposition De la Jungle Sphère à la Parade Nuptiale. Il s’agissait de deux installations utilisant l’architecture et la disposition en étages du lieu.

Henri Tauliaut, Parade Nuptiale, 2012, installation audio video, 5X6X3M, photo Scarlette Jesus

Henri Tauliaut, Parade Nuptiale, 2012, installation audio video, 5X6X3M, photo Scarlette Jesus

Qu’est-ce qui a motivé votre recherche plastique autour de votre projet ? Quelles ont été vos influences ?

L’installation de 2012 à l’Artocarpe comprenait en fait une seconde version de l’installation Jungle Sphère, où des plantes survivent grâce à un dispositif hydroponique et lumineux ; un couloir, ou boyau, qui amenait les spectateurs à la sphère proprement dite. C’est durant la réalisation de ce passage que l’envie d’approfondir le sujet m’est venue. Cela se concrétise par le projet EIMO. Il s’agit, ici, de faire se rencontrer, au sein d’une même œuvre, les problématiques des œuvres minimalistes avec celles des créations immersives. J’ai cherché à faire de l’EIMO une création ludique où le spectateur devient un acteur, un élément de l’œuvre.

Vous expérimentez beaucoup dans votre pratique. Quelle place a été donnée à l’expérimentation dans votre intervention ?

Mes œuvres sont, à chaque fois, un challenge plastique et technologique, une aventure. Ainsi créer des boyaux contraignant le spectateur à changer de posture, à prendre conscience de son espace sensible, est une expérimentation nouvelle pour moi.

Henri Tauliaut, Jungle Sphere 2.0, 2012, technique mixte ( metal , plantes , pompes, electricité, interactivité), 8X6X3 M , photo Scarlette Jesus

Henri Tauliaut, Jungle Sphere 2.0, 2012, technique mixte ( metal , plantes , pompes, electricité, interactivité), 8X6X3 M , photo Scarlette Jesus

Vous mêlez végétal, minéral, animal, humain, technologie. Quelles sont vos intentions ?

Je citerais un texte que Sophie D’Ingianni a écrit sur mon travail : « Depuis plus d’une dizaine d’années, le langage plastique qu’invente Henri Tauliaut s’affirme dans la permanence de deux pratiques. < La première se mesure avec les procédés formels d’assemblage de séries d’objets composites et l’agencement d’éléments hétéroclites en suspension. < La seconde s’apprécie suivant la confrontation renouvelée de matériaux hétérogènes: paraffine, cire, résine, plastique, verre, caoutchouc, structures métalliques, végétaux, animaux vivants, substances organiques formolées, tubes cathodiques, son, lumière et images en mouvement (vidéos) … Ensemble de substances que l’artiste combine dans des dispositifs qui, selon lui : « ont la volonté de créer un langage, un mécanisme : celui d’une machine traitant de la vie et de la mort»."

Pour vous, où se situe la limite, l’interstice entre imaginaires et possibles en art visuel ?

Comme pour la plupart des œuvres, il existe des contraintes techniques et financières, ce projet n’y échappe pas.

Le thème de la biennale – De la résonance du cri littéraire en arts visuels – a-t-il servi de fil directeur dans la conception de votre pièce ? Et, si oui, comment ?

Comme nous l’avons dit plus haut, EIMO s’organise en plusieurs strates. Concernant l’aspect visuel, j’avoue que la thématique de la BIAC n’a pas eu une influence déterminante. Par contre au niveau des propositions sonores, mes choix se sont tournés vers les littératures, notamment les contes de la Caraïbe. Un texte de l’auteur haïtien Jacques Stephen Alexis, Le dit Anne aux longs cils, est mis en voix par l’acteur Ruddy Sylaire.

Au sein de votre parcours artistique, quel rôle jouent les résidences, workshop ou interventions d’art ?

Ce sont des moments importants car ce sont des rendez-vous avec des publics nationaux voir internationaux.

Henri Tauliaut, Parade nuptiale, 2012,installation ,8X8X2,5M

Henri Tauliaut, Parade nuptiale, 2012,installation ,8X8X2,5M

Quels sont vos projets ?

Il s’agit de finaliser un projet de robots autonomes Les Dirigeables Amoureux, ainsi que l’installation et le développement de mon nouvel atelier à Fort-de-France. Une exposition personnelle est prévue en début d’année prochaine. Enfin, j’espère réaliser une monstration ou être invité à un événement artistique majeur en dehors des petites Antilles. Donc n’hésitez pas à me contacter !

Plus sur l’artiste (biographie, expositions, biennales)

Par Clelia Coussonnet

Novembre 2013

Crédits photographie à la une : Henri Tauliaut © Perséphone