Uprising Art est partenaire média de la première édition de la BIAC, Biennale Internationale d’Art Contemporain de Martinique, qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014 et dont le thème est « De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels ». A ce titre, Uprising effectue un reportage à la Martinique du 19 au 26 novembre et conduit une série d’interviews de l’équipe organisatrice, des commissaires invités, des artistes en résidence et des artistes exposant dans les Pavillons International et de la Martinique.

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En exclusivité une interview de
Elizabeth Colomba, artiste martiniquaise
Pavillon Martinique

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Pourriez-vous vous présenter ?

Elizabeth Colomba, née et élevée à Épinay sur Seine, France, en 1976 de parents Martiniquais.

Il s’agit de la 1e édition de la BIAC Martinique. Quelle est l’importance d’un tel événement ?

La Martinique, ayant donné le jour à de grands artistes tel Aimé Césaire, n’a pourtant pas encore réussi à s’imposer en tant que plate forme internationale créative. Cet événement permettrait de lui donner l’essor nécessaire qui briserait son carcan monothématique de destination touristique, et lui permettrait de déployer sa présence culturelle au delà des frontières caribéennes.

Vous participez à la biennale dans le Pavillon Martiniquais, aux côtés de dix autres artistes. Vous êtes née en France, d’origine martiniquaise, et vivez aux États-Unis. Est-ce la première fois que vous exposez en Martinique ?

C’est la première fois que j’ai été invitée à y exposer mon travail.

Que ressentez-vous ?

De la joie mêlée a une certaine fierté, teintée d’appréhension !

Elizabeth Colomba, The Portrait, Oil on Canvas, 24 x 36 inches, 2013 © Elizabeth Colomba

Elizabeth Colomba, The Portrait, Oil on Canvas, 24 x 36 inches, 2013 © Elizabeth Colomba

Présentez-vous des nouvelles pièces pour la BIAC ?

Absolument ! Je présente une nouvelle pièce s’intitulant “1492”. Une métaphore peu évidente mais appropriée, symbolisant un moment central de l’histoire lorsque l’Europe se mêle aux Antilles.

Vos œuvres replacent le corps noir au centre de narrations historiques qu’il réécrit. Pourquoi avoir choisi des références mythiques, littéraires, religieuses ou folkloriques ?

En insérant mes personnages dans le canon occidental, je me donne la liberté de remettre en question nos modes de perception, hérités de conditionnements sociopolitiques, et ainsi d’intégrer un sentiment d’altérité dans notre psyché collectif visuel. C’est une manière de coloriser l’Histoire. L’âge d’or hollandais en Technicolor si l’on peut dire !

La subversion des représentations et des imaginaires permet-elle d’aider à reconsidérer la manière dont la culture noire et les personnes noires ont été forcées de s’appréhender ?

Bombardés d’images qui nous influencent malgré nous, il est nécessaire d’en créer de nouvelles, celles du passé étant étiolées, afin de recouvrir une dignité longtemps piétinée. Créer un catalogue de portraits élogieux reconditionnerait la manière dont nous sommes perçus mais également la manière dont nous nous percevons.

Elizabeth Colomba, Les Noces, Oil on Canvas, 24 x 24 inches, 2013 © Elizabeth Colomba

Elizabeth Colomba, Les Noces, Oil on Canvas, 24 x 24 inches, 2013 © Elizabeth Colomba

Il n’est pas facile d’apaiser ces mémoires collectives blessées et dénigrées… ni même de faire bouger les préjugés racistes et sociopolitiques.

Aborder et défier le sujet de l’invisibilisation du corps noir en Occident est-ce une forme de guérison ?

Plutôt une convalescence qui nous mènera, espérons le, à une guérison avec une légère cicatrice…

Pourquoi ne représentez-vous que des femmes ?

Je peins essentiellement des femmes mais également des hommes. C’est plus rare mais pas exclu !

Y a-t-il un engagement critique ou une résistance dans votre pratique ?

Mon engagement est presque malgré moi car l’art est politique ! Peindre des personnages noirs, les placer dans le paysage de l’Histoire de l’art à une époque où leur présence les cantonnait au rang de citoyens de deuxième classe, crée des réactions verbales houleuses voire violentes, mais l’essentiel est de provoquer une réaction et commencer un dialogue.

Elizabeth Colomba, 1492, 2013 ©  Uprising Art

Elizabeth Colomba, 1492, 2013 © Uprising Art

Avez-vous été influencée par les discussions sur la Black Body Portraiture aux États-Unis ? Ainsi que par des artistes représentant le corps noir ?

Ayant été une des intervenants et avoir eu l’opportunité de présenter mon travail à tous ces penseurs, artistes hors du commun, a été un honneur, mais plutôt qu’être influencée, j’ai été inspirée. Le souffle de créativité qui régnait lors de ces quelques jours, m’a donné un élan ébouriffant ! Les rencontres surprenantes, le désir de partager, d’écouter, le public, qui malgré le temps peu clément, a bravé toutes les intempéries pour assister à ces colloques… Tout cela a contribué à une atmosphère magique, dont les participants parlent encore !

Quelles sont vos influences picturales plus classiques ?

Sans aucun doute Vermeer, Degas, Velasquez, Sargent … Mais à vrai dire tant d’autres… Carravaggio, de Vinci, la liste est trop longue je crois…

Selon vous, quels défis l’art caribéen doit-il encore dépasser pour réussir à s’imposer sur la scène internationale ?

Si seulement je le savais…

Quels sont vos projets ?

Beaucoup, mais permettez que je n’en parle pas encore ! Comme on dit on anglais: “I don’t want to jinx it!”

Plus sur l’artiste (biographie, expositions, biennales)

Par Clelia Coussonnet

Octobre 2013

Crédits photographie à la une : Elizabeth Colomba ©