Uprising Art est fier de partager avec vous une série d’interviews dédiée au Pavillon Bahamien dans la 55e Biennale de Venise, où nous avons effectué un reportage du 28 mai au 1er juin.

Nous nous sommes concentrés sur la présence des artistes contemporains caribéens dans cet évènement international majeur, et nous avons interviewé le Pavillon cubain, le Pavillon bahamien, et le Pavillon de l’Instituto Italo-Latino Americano.

Lisez Christophe Thompson, le directeur de l’exposition Polar Eclipse de Tavares Strachan pour la première participation des Bahamas à la biennale.

Quel est votre rôle exact dans le Pavillon Bahamien ?

Mon nom est Christophe Thompson et je suis le directeur de l’exposition. Je fais en sorte qu’elle prenne forme du moment de ses prémices jusqu’au vernissage !

Comment les Bahamas ont-ils été sélectionnés pour cette 55e Biennale de Venise ? Et les œuvres présentées ?

Les Bahamas ont été sélectionnés par un comité. C’est intéressant de faire un parallèle avec la nature de Venise : Venise est un ensemble d’île, de la même façon que les Bahamas sont un ensemble d’îles. Il y a une ressemblance à ce niveau.

Les œuvres présentées existaient déjà, et Tavares Strachan s’intéresse depuis longtemps à l’exploration du Pôle Nord, et au thème de l’exploration en général – c’est un sujet dont il traite dans ses pièces. Une conversation entre l’artiste, les curateurs– Robert Hobbs et Jean Crutchfield, et moi-même est à l’origine de la sélection des œuvres.

Quelques unes sont aussi en lien avec les Caraïbes comme ces colibris : il y a une juxtaposition avec un explorateur du Pôle Nord étant entouré par quelque chose qui vient d’une région différente.

Tavares Strachan,  Here, First, Down (2013) © Uprising Art

Tavares Strachan, Here, First, Down (2013) © Uprising Art

Qu’est ce que cela demande de mettre sur pied la première participation d’un pays à la Biennale ?

Beaucoup d’amour ! Et…De l’imagination, de l’ingéniosité… Ainsi que tout l’aide et le soutien que nous avons reçu d’individus et de la part gouvernement. Donc, oui, je dirais qu’il faut de l’amour et de la collaboration.

Que pensez-vous du résultat ?

Je l’aime beaucoup. L’exposition est fluide et bien espacée. L’ensemble fonctionne comme une unité cohésive qui raconte une histoire. Une histoire qui n’est peut-être pas linéaire, mais qui a des parties et des actions qui en font une histoire complète. L’expédition dans le Pôle Nord en elle-même tout comme la sculpture statique se rapportent l’une à l’autre. Tout communique.

Tavares Strachan,  Magnetic (2013) © Uprising Art

Tavares Strachan, Magnetic (2013) © Uprising Art

En ce qui concerne les réactions, je pense que pour l’instant les gens ont bien réagi, mais j’ai tout le temps été en train de bouger et j’ai besoin de temps pour réfléchir à ça.

Pouvez-vous nous parler spécifiquement de la vidéo 40 Days and 40 Nights?

Cette année est le 40e anniversaire des Bahamas. Nous avons sélectionné 40 enfants pour faire un projet en relation avec notre participation à la Biennale. L’œuvre d’art enquête sur la nature de l’histoire, et la façon dont l’histoire se rapporte aux gens. Il s’agit d’en apprendre davantage l’un sur l’autre.

Nous avons appris aux enfants une chanson inuit liée à l’exploration. Une partie de la langue inuit est en train de mourir et nous voulions aussi transmettre cela. Donc, la chanson est une chanson de chasse, qui raconte l’histoire d’une personne allant chasser le matin. Vous voyez les mouvements, les gestes et vous imaginez le chasseur regarder le lever du soleil, trouver sa proie, suivre ses signes, rentrer chez lui sain et sauf, être prudent… Apprendre cette relation à des enfants de la Bahamas a été fascinant. Nous avons contribué à apporter davantage d’information à un lieu très éloigné. C’était bien de les amener ici et de leur apprendre une langue qui se meurt. Leur apprendre à la préserver joue un rôle important dans ce procédé.

Ces enfants sont vraiment le futur. Prendre le chemin du présent avec eux et partager cette information fait en sorte qu’elle devienne le futur en eux.

Cette expérience leur a coupé le souffle à de nombreux égards ! Le changement de température de la Caraïbe en février à Venise, la nourriture, et la plupart d’entre eux n’avaient jamais quitté le pays ou du moins pas beaucoup de temps. Les enfants sont étonnants et digèrent l’information tellement rapidement.

C’est important que ce procédé pédagogique / éducatif prenne place au sein du procédé de création artistique : cela permet de développer un art qui ne porte pas sur la fabrication de choses mais sur la communication et sur la transmission de l’information.

Venise, Italie – 29 mai 2013

Par Clelia Coussonnet

Crédits photographie à la une : Tavares Strachan, Here and Now (2013) © Uprising Art